du baron de PENACORS au cardinal MAZARIN
Penacors5
Ce 31 janvier 1652
Monseigneur
Les partisans de M. le Prince pressent très fort S.A.R. d’obliger
M. le coadjuteur à être de son parti. Mais quoi qu’ils puissent
faire, il n’en sera pas, sa résolution étant de servir le
Roy. Et comme l’on croit que M. le Prince doit venir ici, il seroit très
utile de lui donner les assistances nécessaires pour pouvoir résister
à ces puissances, même par argent, lequel l’on pourrait bailler
au prévost des marchands avec lequel il concerteroit la conduite qu’ils
doivent tenir et même pour la distribution de l’argent, et le plus
tôt qu’il se pourra. Il vous plaira faire donner les ordres à
cette fin d’avoir mis toutes choses en état de s’en pouvoir
servir lorsqu’il sera nécessaire.
L’on estime qu’il est très nécessaire de bien faire
payer les rentes de la maison de ville à cette fin de pouvoir contenir
tous ceux qui sont intéressés, qui sont en nombre considérable.
Vos serviteurs estiment qu’il ne vous est pas inutile d’avoir pour
ami M. de Chateauneuf, lequel est dans le dessein de servir S.A.R. Faites tout
ce qu’il faut pour l’obliger à le venir trouver, et l’on
m’a assuré qu’il lui a écrit de s’en venir.
A présent que vous êtes à la cour tout le monde observe
votre conduite pour prendre leurs mesures de ce qu’ils auront à
faire. Mme la Princesse espère avoir des troupes de Lorraine, si vous
lui empêchez de les avoir, cela abattra fort ses résolutions.
Il est parti d’ici des personnes qui ont dit qu’ils avoient l’évêché
de Poitiers, lesquels je ne crois pas être en état de vous servir
si utilement que le peut faire madame de Rhodes, laquelle s’assure que
V.E. lui fera ce bien et en le lui faisant vous l’obligerez très
sensiblement si vous lui témoignez que c’est sa seule considération,
vous savez comme M. de Laigues prétend une pension, lequel me témoigne
être très fort dans vos intérêts. Vous savez que M.
de Nemours est parti pour aller en Flandres et qu’il doit commander les
troupes qui doivent entrer en France, (elles) doivent passer entre Saint-Quentin
et La Fère. Que si l’on fait marcher les troupes présentement,
l’on les peut empêcher de passer, en mettant les troupes dans Chauny
et Meulan... .............
L’on dit que la mauvaise conduite de M. Bourdeilles a fait que l’on
veut donner sa charge, si cela est, j’espère que M. le comte de
Montrésor, son frère, auquel tous les biens sont substitués,
l’aura, même je crois assez qu’il est votre très obéissant
serviteur.
J’attends de recevoir vos commandements pour savoir ce que j’aurai
à faire pour vous témoigner comme je suis en effet, Monseigneur
votre très humble et très obéissant et très fidèle
serviteur,
PENACORS