Le quiétisme à Saint-Cyr
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Madame de Maintenon avait une amie, Madame de
la Maisonfort qui entra à Saint-Cyr dès le début, comme
maîtresse temporaire en dehors de la communauté. Madame de la Maisonfort
était maîtresse des « bleues » c'est-à-dire
des jeunes filles de 17 à 20 ans. Chanoinesse, elle connaissait fort
bien Fénelon. Celui-ci, par son intermédiaire, demanda à
Madame de Maintenon de laisser venir Madame Guyon à Saint-Cyr. Or Madame
Guyon, jeune veuve de beaucoup d'esprit et de mœurs irréprochables,
mais d'une exaltation voisine de la démence, avait embrassé le
QUIÉTISME qui désignait « l'état de repos absolu
et de perfection idéale où se trouve une âme quand elle
parvient à s'absorber dans l'amour de Dieu, amour parfait, qui n'est
ni dégradé par la crainte des châtiments, ni animé
par l'espoir des récompenses ; qui n'a pas besoin d’œuvres
et vit uniquement de contemplations. »
Madame Guyon fut arrêtée par ordre de l'archevêque de Paris
et mise dans un couvent. Relâchée par l'intervention de Madame
de la Maisonfort, sa cousine, elle continua, malgré ses promesses, à
faire de la prédication à Paris et elle eût comme plus zélé
disciple l'abbé de Fénelon.
Introduire Madame Guyon à Saint-Cyr était certainement fort imprudent.
En quelques jours l'arrivante convertit un petit groupe de cinq ou six Dames,
aidée par Madame de la Maisonfort. Celle-ci fit profession de religieuse
le 1° Mars 1692 entre les mains de Fénelon. Mais cela ne l'empêcha
pas de se jeter à nouveau dans les rêveries du Quiétisme.
Elle en devint le docteur et l'apôtre. Et finalement presque toute la
Maison de Saint-Cyr devint quiétiste.
Madame de Maintenon alertée par l'évêque de Chartres, et
bien qu'au début assez favorable au Quiétisme, consulta Bossuet
Bourdaloue et plusieurs prélats. Tous furent contre le Quiétisme.
Madame de Maintenon interdit alors à Madame Guyon toute relation avec
Saint-Cyr. Mais Madame Guyon continua à envoyer des lettres qui étaient
lues en secret pendant la nuit et dont les copies étaient multipliées.
Fénelon demanda que les livres de Madame Guyon fussent soumis à
un examen. Au bout de huit mois, une Commission composée des évêques
de Meaux et de Chalons ainsi que du Supérieur de Saint-Sulpice, condamna
les livres et Fénelon signa son accord « non par persuasion, mais
par déférence » (10 Mars 1695).
L'Evêque de Chartres se rendit à Saint-Cyr. Il y trouva les écrits
de Madame Guyon très répandus, blâma sévèrement
les religieuses, visita leurs cellules, la bibliothèque, les classes,
enleva rigoureusement tous les livres et manuscrits qui lui parurent dangereux
et ordonna même qu'on lui remit ceux de Fénelon. Toutes les Dames
y compris notre Jacquette de Veilhan se soumirent, excepté Madame de
la Maisonfort qui ne le fit que sur ordre exprès de Madame de Maintenon.
Entre temps, Louis XIV avait nommé Fénelon archevêque de
Cambrai, mais dans son archevêché, il ne condamna pas le Quiétisme.
Alors Louis XIV fit arrêter et emprisonner Madame Guyon.
Ceci ne fit qu'augmenter le trouble des esprits. Madame de Maintenon, voyant
l'agitation de Saint-Cyr, pria Bossuet de faire des conférences à
la Communauté. Il faut croire que son éloquence fut persuasive,
car presque toutes les Dames « furent touchées et abjurèrent
humblement leurs erreurs ». Mais Madame de la Maisonfort et deux autres
professes de la première fondation, Mesdames du Tour et de Montaigle
refusèrent de se rendre. La première ne craignit pas d'engager
la controverse avec l'aigle de Meaux verbalement et par écrit et Bossuet
eut bien du mal à l'ébranler dans ses convictions.
Fénelon fut condamné par le Pape, abandonné par Madame
de Maintenon, exilé par Louis XIV qui en outre, chassa de la cour ses
parents et ses amis, et défendit même que son nom fut prononcé
devant lui.
Madame de la Maisonfort soutint Fénelon et les pauvres Dames de Saint-Cyr
ne savaient plus que faire « irrésolues entre l'obéissance
et la révolte. Madame de Maintenon s'efforça par ses instructions,
ses prières, même ses menaces d'abattre ce mauvais esprit, mais
elle ne gagna rien sur Mesdames du Tour et de la Maisonfort, qui étaient
comme les chefs du parti et semblaient avoir un bandeau sur les yeux ».
Le Roi se fâcha et le 10 Mai 1697, deux lettres de cachet arrivèrent
pour Mesdames de la Maisonfort et du Tour. » Elles reçurent cet
arrêt avec fermeté, dans la persuasion qu'elles souffraient pour
la bonne cause, et elles se disposèrent à partir. Cependant elles
passèrent toute la nuit à pleurer dans la chambre de la Supérieure.
Le lendemain matin, sans que personne les vit, elles sortirent par la porte
du jardin, où deux carrosses les attendaient et furent conduites dans
des Couvents.
Ce fut la désolation à Saint-Cyr : « Toutes les Dames
pleuraient et craignaient pour elles-mêmes ; voyant que les voeux solennels
qu'on avait faits pour une plus grande solidité n'exemptaient pas des
lettres de cachet ». Madame de Montaigle dit son sentiment en de
tels termes que le lendemain une troisième lettre de cachet l'envoya
aux Filles de Notre-Dame de Châteaudun.
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